La tactique (suite) - les tirailleurs

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’emploi des tirailleurs devient de plus en plus commun dans l’armée française dès la fin du XVIIIe siècle. L’application de la doctrine d’emploi des tirailleurs constitue l’un des aspects les plus innovants des Français sous la Révolution et l’Empire. À cette époque, beaucoup de généraux de l’époque conviennent que le caractère du soldat français, « intelligent et remuant », se prête à cette forme de combat. Il en va autrement des monarchies qui avaient la crainte que les soldats, mercenaires, détachés en tirailleurs désertent. Ainsi, les ennemis de la France mettront du temps avant de rattraper leur retard, ce qui sera fait à la fin de l’Empire.

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Tirailleurs déployés pour protéger les flancs de colonnes en marche. Le terrain accidenté se prête particulièrement bien à l’action de l’infanterie en tirailleurs. Au premier plan, un fantassin ajuste son tir, il attendra que son camarade ait terminé de recharger son arme avant de faire feu. Notons la présence d’un officier, sabre au poing. Tableau de Giusepe Rava, collection de l’auteur.

Paradoxalement, cette importante innovation que constitue l’emploi d’importants contingents de troupe en ordre dispersé sur le champ de bataille ne sera pas réglementée; le Réglement est complètement silencieux sur le sujet. Le général Lecouturier résuma simplement la question :  « Ce qui de sa nature est irrégulier se plie mal à la règle. » [1]

Les tirailleurs se déploiement devants les troupes formées, ils engagent l’ennemi par un feu sporadique, mais constant, causant des pertes continuelles qui affectent le moral. Contrairement aux fusiliers en ligne ou en colonne, les troupes en tirailleurs tentent d’ajuster leur tir. Lorsque chargés, les tirailleurs vont se retirer vers les flancs de l’infanterie formée en support ou à l’abri d’un obstacle (construction, boisé, chemin creux, etc.). En cas de charges de cavalerie inattendues, il vaut mieux se réunir par petits groupes et s’abriter derrière tout obstacle de terrain pour résister au choc.

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Les grandes bandes de tirailleurs prennent la forme d’une battue, d’une chasse, sans régularité. Il faut toutefois garder un certain alignement, pour éviter que les plus téméraires se retrouvent isolés au-devant et que les moins braves restent derrière. Tableau de Wojciech Kossak, La guérilla, Muzeum Ziemi Przemyskiej, Przemysl.

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Dans son Essai sur l’infanterie légère, le général comte Duhesme résume ainsi l’action des tirailleurs lors d’une bataille :  « En les dispersant sur le front de la ligne, leurs officiers veilleront à ce qu’ils soient tous à peu près à la même hauteur, que les uns ne soient pas trop en avant, les autres trop en arrière; qu’ils restent toujours, tant que faire se pourra, vis-à-vis les créneaux dont ils font partie, pour les regagner plus facilement : ils seront réunis deux à deux, et ces deux compagnons, qui devraient être toujours deux amis, ne doivent pas se quitter, afin de se secourir mutuellement quand ils seront pressés; l’un devra toujours conserver son feu, et ne lâcher son coup de fusil que quand l’autre aura rechargé. À mesure que les lignes s’abordent, les tirailleurs démasqueront le front des colonnes serrées de la première ligne et se resserreront vis-à-vis les créneaux, où ils entreront ensuite en se mettant en ligne sur un rang avec leur réserve, qui, étant sur deux rangs, commencera un feu de file bien soutenu, mais dans lequel on recommandera au soldat de tirer plutôt avec justesse qu’avec célérité; il est bien entendu que les tirailleurs ne devront jamais cesser le feu, mais au contraire le redoubler. »[2] Photo : © Wilart studio

- à suivre -


Notes

[1] Général Lecouturier, Essai sur les manœuvres des voltigeurs, Spectateur militaire, tome IV, 1828, p.269.
[2] Duhesme, général comte, Essai sur l’infanterie légère, G. Michaud, Paris, 1824, p.448-449.


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