Notes historiques du général d’Autancourt -
Bataille de Montmirail, 11 février 1814 — version provenant de Mathieu

« Sur ces entrefaites la division du général Guyot, dont je faisais partie, reçoit ordre de se rendre sur la route de La Ferté, près de l’Empereur. Elle quitte cette première position (un peu en arrière de Plenois) où elle laisse deux à trois chevaux tués et gagne au trot cette route ; de l’endroit où elle la joignit pour se rendre où est l’Empereur, à la hauteur de Marchais, après Les Granges cette route descend dans un petit fond et remonte aussitôt. Le canon ennemi la prenait d’écharpe. Au haut de cette montée qui est fort douce, nous trouvâmes l’Empereur qui, au-milieu d’une grêle de boulets qui tombaient autour de lui, examinait les progrès de la bataille, et nous nous trouvâmes de suite en bataille à droite de la route, sur un plateau plus élevé, ayant devant nous un chemin bordé de haies, dont la direction est vers Fontenelle, à peu près à la hauteur de La Chaise.

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« La Chaise », photo prise depuis la route, à peu près de là où partit la charge des Dragons.

Le canon de l’ennemi donnait sur cette position et ses obus y éclataient de manière à nous faire beaucoup de mal. Presque au même moment l’Empereur donna ordre au général Guyot de faire charger les Vieux Dragons de ma brigade sur la ligne ennemie qui coupait la route. Cet ordre me fut transmis de suite avec celui de laisser les Grenadiers dans la position où nous nous trouvions. Un seul grenadier m’a suivi de sa propre volonté dans cette charge. C’était un brigadier d’ordonnance près de moi. Sur le champ, je formai les braves dragons en colonne, par pelotons et, à leur tête, je m’élançai sur la route. Au même instant et comme je descendais pour y arriver, le plateau sur lequel nous nous étions mis en bataille, un obus éclata devant le nez de mon cheval (c’était un petit cheval isabelle que j’avais acheté au colonel Caron), lui fit faire la pirouette avec une violence extrême. Je le ramenai cependant à la tête du premier peloton et nous nous abandonnâmes au galop, mais en bon ordre, sur l’ennemi. Je ne dois pas oublier un fait particulier à cette charge ; pendant le peu de temps que nous mîmes à parcourir la distance qui nous séparait de la ligne ennemie, nous arrivâmes aux Grenaux, maison sur son front en partie occupée par nos tirailleurs et où se portaient les nôtres ; au-dessous de ces maisons, à gauche de la route, prend naissance un ravin qui se prolonge à l’ouest de Marchais, et dans lequel coule un ruisseau qui tombe dans le Petit Morin, en dessous de Pomesson. Les haies de ces maisons cachaient quelques-uns de nos intrépides tirailleurs qui, pour mieux ajuster se portaient audacieusement au milieu de la route. La rapidité de notre charge les surprit ; plusieurs n’ayant pu se retirer assez vite furent renversés par les chevaux ; depuis, les hommes de la queue de ma colonne m’assurèrent que ces braves soldats n’avaient pourtant point été blessés et que les derniers pelotons les avaient évités.

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Les Greneaux

Au même moment, malgré le feu épouvantable de l’ennemi, nous arrivâmes sur la ligne et nous nous trouvâmes en un instant sur les derrières de son aile droite qui occupait Marchais. Les Russes ainsi culbutés se jetèrent sur leur gauche, au-delà du fossé qui borde la droite de la route et partie s’échappèrent dans la plaine à gauche vers un petit bois. La violence du feu et la vitesse de cette charge ayant désuni les dragons, je m’arrêtai à gauche de la route et ils furent ralliés en une minute... Je me trouvais alors sur les hauteurs au-delà du ravin dont je viens de parler. De cette position je séparais entièrement de son centre la droite de l’ennemi. Toutefois il essayait de rallier la partie de son infanterie qui, comme je viens de le dire s’était éparpillée à gauche de la route (c’est le bois de l’Épine au Bois). Il était important de ne pas le souffrir parce que, s’il y fût parvenu, il pouvait essayer de rétablir sa communication avec sa gauche, malgré le désordre dans lequel notre charge l’avait jeté, et la position des dragons adossés au ravin pouvait devenir périlleuse ; il ne pouvait, à la vérité, en être ainsi, la ligne ennemie était enfoncée et l’armée arrivait par la route. Je n’eus pas le temps de faire de longues réflexions ; cinq ou six dragons, entr’autres le nommé Boulanger, brigadier de la 1re compagnie, l’un de mes ordonnances qui s’était emporté sur l’ennemi et au milieu des fuyards vinrent me dire : Mon général, l’ennemi est là, il faut le charger. Plusieurs officiers qui se trouvaient au milieu des tirailleurs me dirent la même chose. Nous nous portâmes en avant, mais cette infanterie déroutée ne nous attendit pas et se dispersa dans le bois…[1] »

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« Cependant, de sa position de Marchais, l’ennemi aperçut la trouée faite à sa ligne par l’audacieuse charge des dragons et se mit à fuir à toutes jambes. De l’endroit où je me trouvais, en face du bois (plaine fort élevée) ce fut un spectacle fort plaisant que de voir les Russes descendre à la course de Marchais, situé sur la rive gauche du ravin, pour aller le traverser en face d’un petit bois qui se nomme, je crois, le bois de Gourmont [sic] ou le bois Jean. Il fallait leur enlever jusqu’à l’espoir de leur retraite et j’allais en donner l’ordre quand le chef d’escadron commandant les dragons (M. de Saint-Léger, brave et bon officier) m’en fit lui-même la proposition. Nous nous portâmes donc par notre gauche, au galop, dans le bas du ravin près du bois, toujours sur la rive gauche et absolument derrière Marchais pour couper ce passage que beaucoup d’infanterie avait déjà franchi ; elle se ralliait près de quelques maisons que je crois être appelées le bois Jean ; mais partie des dragons était entrée dans le bois par un chemin qui y donnait aussi dans la direction par laquelle nous arrivions, tandis que j’en avais fait filet d’autres entre le bois et le bord du ravin ; quelques-uns de ces intrépides soldats descendirent même dans le fond du ravin qui, à la vérité, a peu de profondeur et prirent et sabrèrent tout ce qui se présenta au moment où, débouchant moi-même du bois, je tombais sur ceux qui se ralliaient. Nous leur passâmes sur le corps et les dragons, qui ne donnaient que des coups de pointe, en firent dans cet endroit une véritable boucherie. Cependant j’ordonnai de cesser ce carnage et de réunir les escadrons, sûr que désormais aucun ennemi ne pourrait nous échapper car, ceux demeurés sur la rive gauche, étant poursuivis par notre infanterie, mettaient bas les armes. Lorsqu’un Russe qui s’était, à la manière de ces barbares, jeté à terre au moment où nous les chargeâmes se relevant m’ajusta froidement à quelques pas ; il m’eut infailliblement atteint si un brigadier de grenadiers, d’ordonnance près de moi, et le seul qui m’ait suivi, et presque malgré moi dans cette charge, ne s’en fût aperçu à temps ; il était près de cet homme, s’élança sur lui et l’enfila de par en part jusqu’à la monture de son sabre ; le coup partit, mais en l’air ; plusieurs autres Russes imitèrent celui-ci et se relevèrent pour nous fusiller, ce qui irrita tellement les dragons que le carnage recommença ; je le fis cesser en faisant sonner le ralliement. Ainsi tout fut sabré ou pris tant sur la rive droite que sur la rive gauche du ravin.

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Au moment où le régiment se ralliait sur ce terrain, arriva le grand maréchal Bertrand qui me fit compliment sur cette belle action et, après m’avoir dit : L’Empereur a vu avec plaisir vos mouvements, il me demanda à plusieurs reprises si je voulais quelque chose ; je répondis que je n’étais pas commandant de la Légion d’Honneur. Il me répondit que je le serais. (Je reçus effectivement ma nomination sous la date du 27 février ; elle aurait dû porter la date du 11 ; les évènements m’ont empêché de réclamer). Le maréchal me recommanda de me rallier promptement et de continuer vivement la poursuite, ce qui fut bientôt fait. Je fis laisser un détachement d’une trentaine d’hommes commandé par le lieutenant [laissé en blanc] pour réunir les prisonniers et les conduire au Quartier Impérial et je me portai en avant. Les dragons étaient joyeux. Les compliments que je leurs fis avaient porté leur enthousiasme au dernier degré : il ne pouvait égaler la valeur de ces braves[2] ».

« L’ennemi fi paraître quelques cavaleries vers Chantarenne sans doute pour accueillir ses fuyards ; nous marchâmes droit à elle, un escadron la dispersa. Malfré la nuit qui approchait nous suivîmes l’ennemi sans lui donner de relâche, marchant en colonne par escadrons dans une terre grasse, détrempée et presque entièrement défoncée par la pluie, ce qui était fort difficile pour des chevaux déjà horriblement fatigués. (Nous étions séparés par le bois de l’Épine-au-Bois que nous doublâmes en passant par Chantereine). A la brune je fis une halte pour reconnaître ma position. Le feu avait presque entièrement cessé ; quelques coups se faisaient justement entendre sur la droite. Un moment après j’aperçus en arrière une masse mouvante que je ne pouvais distinguer, mais que je pris pour de l’infanterie. Je la fis reconnaitre et ne fus pas peu surpris quand on me rapporta que c’était le maréchal duc de Dantzig qui me suivait à la tête de deux bataillons de la Garde Impériale. Je courus près de lui, et mon admiration redoubla quand je vis ce vétéran des Braves, marchant à pied dans les terres difficiles dont je viens de parler, l’épée au poing et couvert d’une simple redingote. Il me dit que l’Empereur lui avait ordonné de m’appuyer. Je lui demandai ses ordres. Il me prévint qu’il allait appuyer à droite pour gagner la route et que j’ai à m’arrêter à quelque distance et attendre de nouveau.

Je me remis en mouvement : l’obscurité était grande, elle favorisait la retraite de l’ennemi, ses débris nous échappaient. Je m’arrêtai enfin non loin d’une petite maison isolée (cette maison ou ferme est Franchaine) dans la plaine toujours à gauche de la route et, à cette hauteur, je trouvai des postes de notre armée. Nous étions peu éloignés de Vieux-Maisons. Le lieutenant que j’avais chargé de réunir les prisonniers me rejoignit et me dit en avoir conduit 400 ou 652 au Quartier Impérial (je ne puis me rappeler du nombre ni du nom de cet officier). Il m’apportait aussi l’ordre de rejoindre le général Guyot. Je pris la route et nous retournâmes sur Montmirail. En passant au Quartier Impérial je sus que le général était logé, avec le surplus de la division et de ma brigade, au Tremblay après et en arrière de Marchais. On me donna encore là, nouvelle assurance que je serais nommé commandant de la Légion d’Honneur (en note : il me fut demandé aussi l’état nominatif des officiers de dragons qui s’étaient le plus particulièrement distingués. Je fournis cet état dans lequel je demandai, pour différents officiers déjà membres de la Légion d’Honneur, la croix de l’Ordre de la Réunion. Mais il aurait fallu porter tout le régiment sur mes états de récompense. Tous les militaires qui le composaient avaient rivalisé d’audace et d’intrépidité et jamais je ne vis une valeur plus brillante et plus calme à la fois. Je regarde encore comme un de mes plus beaux jours, malgré ma prédilection fondée pour mon régiment de Polonais, celui qui me procura l’avantage inappréciable de charger l’ennemi à la tête de cette belle et valeureuse troupe). Cette action si brillante et si intéressante par les résultats ne coûta aux dragons que quelques blessés, 5 à 6 hommes et 7 à 8 chevaux tués, parmi lesquels celui du lieutenant Hallé qui commandait le premier peloton.

Nous nous dirigeâmes ensuite sur Marchais à la lueur de plusieurs maisons de ce village qui brûlaient encore. Après bien des recherches et des courses faites par Rousselet et les adjudants, nous trouvâmes enfin Le Tremblay. Les habitants avaient fui les Russes, les maisons étaient presque entièrement pillées ; cependant j’en occupai une avec mon État-Major où nous trouvâmes du fourrage, des poules et des dindons ; on en tua un pour nous ; mais il ne restait aucun ustensile de cuisine. Le village avait du fourrage et quelques ressources pour les hommes dont partie seulement fut logée à couvert.

Je me trouvais dans le département de l’Aisne où j’ai pris naissance, je plaignais de tout mon cœur mes malheureux compatriotes qu’on pillait et ruinait ; je n’avais pour eux qu’une bonne volonté fort impuissante et je ne pouvais que les consoler de paroles, que faire de plus ? je m’endormis sur la paille et comme nous étions très fatigués, mais contents et glorieux, nous passâmes une bonne nuit. Le régiment des Polonais bivouaqua vers Fontenelle[3] ».



Bataille de Montmirail, 11 février 1814 — version provenant de la Sabretache

« Plusieurs relations de cette bataille, même celle officielle, n’ont point indiqué avec exactitude un mouvement de cavalerie qui doit avoir eu une grande influence sur son succès. Le Bulletin rapporte entre autres détails :
Le général Friant s’élança sur la ferme de la Haute-Epine avec les 4 bataillons de la vieille garde…, les tirailleurs ennemis se retirèrent épouvantés sur leurs masses…, alors l’artillerie ne put plus jouer, la fusillade devint effroyable, et le succès était balancé. Mais au même moment le général Guyot à la tête du 1er de lanciers (Polonais), des vieux dragons et des vieux grenadiers, etc….

Cette dernière citation n’est pas assez expliquée. Le général de division Guyot commandait effectivement la division de la Vieille Garde composée des lanciers polonais commandés par le général Krasinski, et des chasseurs, formant la première brigade : les régiments des vieux dragons et des vieux grenadiers formaient la deuxième brigade dont le commandement avait été donné le 8 février 1814 au général Dautancourt, major des Polonais. Cette division, qui s’arrêta d’abord sur les hauteurs de Moncoupeau, se porta ensuite en avant dans la plaine traversée par la route de Montmirail à Château-Thierry. Elle y demeura assez longtemps à droite de cette route et y reçut quelques boulets. L’ordre lui vint alors de se rendre près de l’Empereur. En exécutant ce mouvement de nouveaux ordres laissèrent alors la première brigade dans la plaine (il paraît néanmoins que ce ne fut que pour un moment), tandis que la deuxième à la tête de laquelle se trouvaient les généraux Guyot, Dautancourt, continuant à marcher au grand trot, rejoignit l’Empereur qu’elle trouva sur la route de Montmirail à La Ferté. Le canon ennemi battait cette route d’écharpe et de front. La brigade se forma près de l’embranchement d’un petit chemin dont la direction est vers Fontenelle. L’Empereur, au milieu des boulets qui pleuvaient autour de lui, lorgnait attentivement les positions de l’ennemi. Bientôt ce prince donna ordre au général Guyot de faire charger les dragons, mais de conserver près de lui, pour le moment, les grenadiers. Cet officier général transmit cet ordre au général Dautancourt, commandant la brigade. Celui-ci, formant aussitôt ses dragons en colonne par pelotons, s’élança à leur tête sur la route [Du point du départ des dragons pour arriver à la ligne ennemie, on trouve à gauche de la route quelques maisons; les tirailleurs français s’y étaient jetés et ces intrépides soldats s’y fusillaient avec ceux de l’ennemi. Quelques-uns d’eux qui se mettaient audacieusement à découvert sur la route, ne purent se retirer assez à temps pour éviter les dragons dont les pelotons lancés au grand galop tenaient la largeur de cette route; aussi plusieurs de ces braves furent-ils renversés. Cependant les dragons de la queue de la colonne assurèrent depuis qu’ils croyaient que ces braves jeunes soldats n’avaient point été blessés et que les derniers pelotons avaient été évités. (Note du général Dautancourt)] , et, malgré un feu épouvantable, arriva sur l’ennemi, l’enfonça, en rejeta une partie sur la droite de cette route au-delà du fossé, et se rallia sur le plateau à gauche de la même route en face du bois de l’Épine-au-Bois, ayant derrière lui un ravin qui prend naissance sur ce même côté de la route, et dans lequel est un petit ruisseau, qui, coulant au-dessous et à l’ouest du village de Marchais (encore occupé par la droite des Russes), va tomber, au sud, dans le petit Morin. Cette position des dragons en arrière de Marchais, séparait de son centre la droite de l’armée ennemie; aussi vit-on bientôt des fuyards qui abandonnaient en désordre ce village. Marchais étant situé sur une hauteur à gauche du ravin, les fuyards la descendirent à la course et arrivèrent sur ce ravin qui pouvait être aisément franchi.

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« Attack of the Dragoons of the Guard at Montmirail », par Keith Rocco


Cependant l’ennemi, enfoncé par la brillante charge des dragons, essayait de rallier un gros de son infanterie près du bois de l’Épine-au-Bois, en face de l’endroit où les dragons se reformaient eux-mêmes. Ils ne lui en donnèrent pas le temps, et cette infanterie épouvantée ne les attendit pas une seconde fois, elle se dispersa. Toutefois le général Dautancourt, apercevant le désordre qui régnait à la droite de l’ennemi, porta alors les dragons au galop dans le bas du ravin, précisément au-dessous de Marchais. Déjà une partie des troupes ennemies avait passé ce ravin et se trouvait protégée par un petit bois (le bois Jean) qui nuisit à la célérité de cette nouvelle charge des dragons. Mais ils parvinrent à y pénétrer et le traversèrent. Alors commença un carnage effroyable. Les dragons ne frappant que de la pointe de leurs sabres, chaque coup tuait un Russe. En vain, ceux-ci se jetèrent-ils ventre à terre suivant leur habitude (et plusieurs se relevaient ensuite pour nous fusiller), presque tout ce qui put être joint, sur ce point, fut tué, et l’officier chargé par le général Dautancourt de réunir les vivants qui furent enfin faits prisonniers, n’en conduisit au quartier général qu’un petit nombre. Le grand maréchal Bertrand arriva bientôt sur ce terrain et complimenta le général Dautancourt et les dragons sur leur belle affaire que, dit-il, l’Empereur avait vue avec plaisir. Il chargea le général de proposer pour des récompenses dans la Légion d’honneur et l’ordre de la Réunion, les officiers et dragons qui s’étaient particulièrement distingués, et de se porter lui-même en tête de l’état de propositions pour l’étoile de commandant. En même temps il pressait le général de se rallier et de continuer vivement la poursuite de l’ennemi qui faisait paraître quelque cavalerie au-delà du ruisseau de l’Épine-au-Bois, sans doute dans l’intention de recueillir quelques-uns de ses fuyards. Nous courûmes à cette cavalerie qui ne nous attendit pas, et disparut.

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Nous continuâmes à marcher dans les terres, séparés de la route par le bois de l’Épine-au-Bois, que nous tournâmes, et à la nuit noire, le feu ayant entièrement cessé, à l’exception de quelques coups qui se faisaient entendre par la droite; nous nous arrêtâmes près d’une maison isolée dans la plaine, vis-à-vis d’un bois qui couvre Vieux-Maison, et de là nous nous mîmes en communication par des patrouilles avec nos troupes que nous trouvâmes sur la route; une de ces patrouilles rencontra dans la plaine, à peu de distance derrière nous, deux bataillons d’infanterie de la vieille garde à la tête desquels marchait à pied, et l’épée au poing, le maréchal duc de Dantzig [Lefebvre], chargé de nous soutenir. Peu de temps après, le général Dautancourt reçut, par l’officier qui avait conduit les prisonniers, l’ordre de rejoindre la division du général Guyot, qui, après la bataille, s’était établie en arrière de la Haute-Epine, au hameau du Tremblet, dépendant du village de Marchais. Cette belle affaire ne coûta aux dragons que quelques tués, plusieurs blessés : ils eurent aussi 7 à 8 chevaux tués, au nombre desquels fut celui de l’officier commandant le premier peloton, en débouchant sur la ligne ennemie.

Le lendemain 12, ce fut avec les dragons de la jeune garde, qui faisaient partie de la division, que le brave général Letort, eut, sur la route de Château-Thierry, la belle et brillante affaire rapportée au Bulletin[4]. »


Notes


[1] Mathieu, p.138-139.
[2] Mathieu, p. 142-143.
[3] Mathieu, p. 145-146.
[4]
La Sabretache, p.279 et suivantes.

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