Retraite et curée

Le général Doumerc reçoit l’ordre de tourner les Russes par Bannay et Fromentières.

Devant le mouvement de débordement de Ricard et Maurin et la perte de Bannay, les généraux Udom II et Kornilov se replient en direction de Champaubert. La brigade Poltoratski s’y est solidement retranchée. Olsufiev réalisant que la partie est perdue, décide tout d’abord de retraiter en direction d’Étoges. Cependant, l’infanterie de Ricard a suivi pas à pas le mouvement rétrograde d’Udom II. La cavalerie de Maurin a coupé la route reliant Champaubert à Étoges tout en effectuant plusieurs charges.

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LANGLOIS, Jean-Charles, Combat de Champ-Aubert, 10 février 1814

La retraite doit donc prendre une nouvelle direction, Olsufiev songe à celle de Montmirail. Kornilov tente de replier ses troupes dans cette direction, mais une charge des escadrons de services, sous le commandement du général de Girardin, les désorganise. C’est alors que cavalerie de Doumerc, bifurquant sur la droite à Fromentières, débouche sur la route à l’ouest de Champaubert, se joint à la cavalerie de la garde et pousse Kornilov à la déroute en direction de la Caure.

L’artillerie a mis en batterie devant Champaubert. Ricard dirige plusieurs assauts sur le village, les combats sont acharnés, le plus souvent à la baïonnette, chaque maison est âprement disputée. Les Français peinent à prendre pied.

À ce stade, l’armée russe est sérieusement ébranlée. La brigade Poltoratski se trouve isolée dans Champaubert. La brigade Udom II s’est repliée tant bien que mal en longeant le bois de la Grande Laye vers le nord. Kornilov le rejoint avec les restes de ses troupes, complètement désorganisées.

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Le General-Major Konstantin Markovich Poltoratsky commande une brigade russe à Champaubert.
Encerclé dans la plaine, à court de munitions, il est capturé par les cavaliers français.


Dans Champaubert, les munitions des Russes viennent à manquer, mais Poltoratski refuse la reddition. A deux reprises, des émissaires français lui sont envoyés. Il tente plutôt de percer l’encerclement en se frayant un chemin de force. Les carrés russes sont mitraillés à bout portant par l’artillerie française, créant des brèches importantes dans rangs. Les soldats russes gardent tout de même leur sang-froid. Encerclé à découvert, sans munitions, le général Poltoratski se rend finalement, reconnaissant la perte d’un millier d’hommes et de ses neuf canons.


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Combat de Champaubert, 10 février 1814, par Siméon Fort, Musée du Châteaux de Versailles.
Le tableau représente le combat en fin d'après-midi, alors que la brigade Poltoratski se retrouve isolée dans Champaubert(2).
En avant plan, les cavaliers du général Maurin et les fantassins de la brigade Boudin coupent la route d'Étoges.
Le reste de la division Ricard attaque par la route de Sézanne(1).
Le corps de cavalerie du général Doumerc charge depuis Fromentières le long de la route de la Ferté-sous-Jouarre(3).
Poltoratski tentera sans succès une sortie en direction d'Épernay(4).




Déjà, la nuit tombe. En continuant la retraite vers Épernay, Olsufiev aurait encore pu sauver une partie importante de son corps d’armée. Toutefois, sur la route de La Caure, il découvre l’existence d’un chemin pouvant le mener sur la route d’Étoges. Il oblique sur la droite et s’engage hors de la route.

Saisissant l’occasion, Marmont ordonne à son infanterie et à sa cavalerie de se diriger sur la ferme de la Grange de Vaux et le bois de la Grande Laye. Ce bois sera par la suite surnommé «  le bois enchanté ». L’assaut est donné et la panique gagne l’armée russe. Rapidement cesse toute résistance organisée. Des centaines de Russes sont fait prisonniers. Olsufiev lui-même est capturé : il dînera le soir même à la table de l’Empereur. De petits groupes de fuyards, totalisant environ 1500 hommes, dont les généraux Udom II et Kornilov réussiront à rejoindre Étoges. Ce dernier écrira dans son journal : « Nous avons sauvé nos drapeaux et notre honneur »[1]. Quelques jours plus tard, ils seront présents à la bataille de Vauchamps, réorganisés en trois ou quatre bataillons de marche et une batterie d’artillerie, sous le commandement du général Udom II.


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Notes

[1] Cité dans Weil, II, p.182.

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