Premiers combats

Le General-major Udom II et ses quatre régiments de Jägers (environ 1400 hommes) se heurtent donc à tout le corps de Marmont. À trois contre un, sans cavalerie, il est hors de question de repousser les Français et de s’emparer du pont de Saint-Prix. Le détachement russe se replie sur Baye en tiraillant et occupe les bois limitrophes. Les canons sont mis en batterie au sud-ouest de Baye, près des Converts. Devant l’ampleur du mouvement français, il devient évident qu’il ne s’agit pas d’une reconnaissance comme le 8, Udom II demande des renforts. Olsufiev dépêche alors 15e division d’infanterie du General-major Peter Yakovlevich Kornilov avec les brigades Anensur et Musin-Pushkin sur le village de Bannay et le bois de Baye. Il y fait également déployer le gros de son artillerie.

La brigade Pelleport, 37e léger en tête, s’avance un peu trop témérairement sur Bannay et est ramenée. Pendant quelque temps, les deux adversaires tiraillent. Puis, vers midi, l’Empereur et le maréchal Ney, parti le matin de Sézanne, arrivent sur le champ de bataille avec les divisions Meunier et Friant. L’Empereur les déploie sur la gauche, seul terrain de manœuvre, derrière la division Lagrange. L’artillerie est dirigée vers Bannay, face auquel elle se met en batterie.


Baye
Photo 4. La commune de Baye, vue depuis le sud.
Philippot, Jacques - © Inventaire général, ADAGP, 1997.


C’est également vers midi, que Marmont attaque Baye. Il a préalablement déployé le 113e
de ligne en tirailleur afin de dégager le bois des Converts, à gauche de la route. Ricard dirige l’attaque sur le village de Baye, pendant que Lagrange l’appuie de sa droite tout en se portant sur Bannay. Vers 13h30, Baye est définitivement aux mains des Français.

Le général Olsufiev consulte ses généraux et contre l’avis de tous décide de tenir la position. Le comte August Ludwig von Nostitz, aide de camps du
Feldmarschall Blücher, propose même d’assumer la responsabilité de la retraite. On raconte que c’est une question d’honneur qui motiva cette décision. : « parce qu’on lui avait, à Brienne, reproché de n’avoir pas occupé le côté de la ville par lequel les Français pénétrèrent sans être remarqués et faillirent même enlever Sacken et Blücher. Ces deux généraux avaient été, à cette occasion, extrêmement durs pour Olsufiev. Sacken avait, en outre, sévèrement critiqué la façon dont Olsufiev avait engagé ses troupes à La Rothière.»[1]

Udom II rallie ses troupes et se replie en bon ordre à partir d’une ligne s’étendant du bois de Baye sur sa droite, passant par la ferme de la Hannoterie et le hameau de Montpertuis au centre, jusqu’au bois de Malet et la ferme de Andecy sur son extrême gauche. Étant donné les effectifs russes, cette ligne d’environ 2,5 km est très longue. Le général russe dispose alors des quatre régiments de
Jägers, plus les régiments Riajsk et Yakoutsk. Afin de couvrir une éventuelle retraite, la brigade Poltoratski, comprenant les régiments Apcheron et Nasheburg et neuf pièces d’artillerie, occupe Champaubert avec ordre d’y tenir jusqu’à la dernière cartouche. Le reste de l’artillerie se met en route vers Étoges.

La division Ricard maintient la pression en direction de Champaubert et tente un débordement sur la droite. L’approche est difficile, mais une fois parvenue au bois de la Potence, les cavaliers de Maurin accèdent au plateau et les Russes ne peuvent plus tenir leur ligne.

Pendant ce temps, sur gauche des Français, Lagrange lance plusieurs attaques sur Bannay. Finalement, vers 15 heures, appuyé par les deux divisions de Ney et beaucoup d’artillerie[2], il parvient à chasser les troupes du General-major Kornilov
et à conserver ce hameau. Le général Lagrange est blessé à la tête lors du dernier assaut. Est-il immédiatement remplacé ? Mystère. Chose certaine, c’est Joubert qui commande cette division à Vauchamps.

Bannay
Photo 5. Commune de Bannay, depuis l'ouest. En arrière-plan, à l'horizon, on aperçoit Baye.
Philippot, Jacques © Inventaire général, ADAGP, 1997.


C’est donc sur le flanc droit des Russes que l’Empereur veut faire porter le coup décisif : le terrain permet à la cavalerie de manœuvrer et de se rapprocher de Montmirail. La situation des Russes devient précaire.


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Notes

[1] Weil, II, p.180-181. Rapporté également par Müffling, p.438.
[2] Pelleport écrit dans ces mémoires (p.103) « l’infanterie du 6e corps fut parfaitement soutenue par la cavalerie et l’artillerie du prince de la Moskowa ». Par contre, Marmont prétend qu’ « aucune autre troupe que les miennes ne fut engagée. »





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Les deux principaux protagonistes du combat de Champaubert.
Le General-Leutenant Zakhar Dmitrievich Olsufiev et le maréchal Marmont.

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