Anecdotes et variantes

06-512203
Parquin rapporte l’anecdote suivante : « Au moment où le maréchal Ney décidait ainsi de la victoire, le général baron Henrion avait ordre de se porter avec son régiment des chasseurs à pied de la Garde sur une redoute ennemie, armée d’artillerie, contre laquelle venait d’échouer une brigade d’infanterie de ligne. Le général baron Henrion forma sa colonne d’attaque et se mit en route au pas accéléré, sans se laisser ralentir par le feu terrible de l’ennemi. Le général Sacken, apercevant le danger où allaient se trouver ses pièces, si cette colonne d’attaque réussissait, lança sur son flanc droit une masse de cavaleries pour l’entamer, ce que voyant, le général baron Henrion commanda à l’instant :

- Colonne, halte ! Formez le carré ! Apprêtez armes, joue, feu !

Cette cavalerie, qui n’était plus qu’à dix pas, fut couverte de feux, et fit demi-tour, laissant sur le terrain un grand nombre de cadavres. Le général baron Henrion remit sa troupe en colonne d’attaque, et sans recharger les armes, aborda la redoute, qu’il prit malgré la défense désespérée des canonniers russes, qui se firent clouer sur leurs pièces.

L’empereur, qui suivait attentivement ce mouvement qu’il venait d’ordonner, accourut au galop dans la redoute prise, et demanda le général baron Henrion, auquel il donna la main en le nommant commandant de la Légion d’honneur et en prononçant ces paroles :

- Général, j’ai approuvé votre temps d’arrêt.

La prise de cette redoute et de la ferme des Greneaux décida la victoire, qui fut complète ».

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Quant au capitaine Dobieski, du 1er régiment de chevau-légers lanciers de la Garde, il nous a laissé un souvenir de sa rencontre avec l’Empereur : « Pendant que je les escortais [les prisonniers] l'Empereur me fait dire par le général Guyot qu'il me donnait la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Je montrai au général que je portais déjà celle d'officier ; il reprit : Allez parler à l'Empereur ! Je m'approchai en effet de l'Empereur. Après que j'eus répété plusieurs fois de suite : Sire ! il se retourna et demanda :
- Que me voulez-vous ?

- Sire je suis le capitaine qui a fait prisonnier un bataillon prussien.

- Eh bien! je vous donne la croix.

- Sire j'ai déjà la croix d'officier.

- Votre grade ?

- Sire je suis capitaine.

- Eh bien je vous nomme chef d'escadron.

- Je fus tellement saisi que je restai pétrifié sur la place et que le général du me tirer de côté pour me forcer à m'écarter. » [1]

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Le baron de Bourgoing écrit dans ses Souvenirs militaires que : « A la bataille de Montmirail se trouvait le régiment des flanqueurs de la Garde, commandé par le colonel Rouillard de Beauval. Ce brave officier eut l'avant-bras fracassé par un coup de mitraille. Pendant qu'on l'emportait du champ de bataille, il passa tout près de l’Empereur qui, d'un point élevé du chemin, contemplait avec bonheur les succès de ses troupes. Notre beau colonel porté sur un brancard se redressa fièrement, soutint de sa main gauche encore valide, son bras droit sanglant et déchiré, l'éleva au-dessus de sa tête en s'écriant : Vive l'Empereur ! Napoléon ne lui répondit que par ces mots :

- Merci, baron.

Ce titre lui fut conféré peu après. Arrivé à l'ambulance, le colonel des flanqueurs dut entendre de la bouche du chirurgien l'arrêt suivant :

-Ce bras doit être coupé.

-Quoi, sans rémission ? 

- Oui, mon colonel, la nature de votre blessure est tellement grave que, sans un miracle et sans les soins les plus assidus qu'on ne peut espérer dans nos ambulances encombrées, vos jours seraient en danger.

- S'il ne faut que des soins assidus, j'espère ce miracle  repartit le colonel, je suis en droit de l'attendre et veux en courir la chance.

Il s'était, en effet, marié depuis quelques mois et plaçait toute confiance dans le dévouement conjugal. Les chirurgiens très inquiets posèrent leur appareil, dont ils n'espéraient rien de bon ; mais la confiance du blessé fut justifiée. Sa jeune épouse, bravant les dangers de la guerre, vint au-devant de lui. Il fut transporté en lieu sûr, si bien soigné que cette main vaillante fut conservée au pays et put, en 1815, combattre encore pour sa défense.

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A qui fait allusion le général comte de Ségur, alors commandant d’une brigade de Gardes d’honneur, lorsqu’il évoque dans ses mémoires le peu d’enthousiasme de certains à rejoindre? Il minimise aussi la part de gloire qui revient à ses troupes dans le succès de cette journée.

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« L’ardeur opiniâtre avec laquelle Scheratow et Bernadozow poursuivaient une faute, allait en faire une belle action, et rendre la bataille au moins indécise. On vit alors l'Empereur, agité, frapper sa botte de son fouet à coups redoublés, et tourner fréquemment les yeux vers Montmirail. Il attendait notre division ; elle approchait ; parties le matin de Sézanne, nous arrivions enfin presque avec la nuit, trop tard, et parce que, dans les meilleures armées, il y a malheureusement des hommes trop habiles à n'entrer en ligne qu'au jour tombant, et quand la nuit est prête à substituer aux feux de la guerre ceux des bivouacs.

Mais, quelque prompte que fût la chute de cet onzième jour de février, Napoléon fut plus rapide encore ! Nous déployer derrière lui, et tout aussitôt précipiter, à la baïonnette, ses deux bataillons sur Marchais, le maréchal Lefebvre en tête ; puis nous reployer en colonnes, et nous lancer ainsi, par la grande route, sur le flanc gauche de Scherbatow, fut l'affaire d'un moment : dix minutes suffirent. Ce second coup de guerre, plus décisif que le premier, réussit de même. En dépit des feux des Russes, la distance, l'ennemi, Marchais et ses positions, tout disparut en un clin d'oeil sous notre charge, et surtout sous le pas de course de ces deux bataillons ! On n'en a point assez dit, on n'en dira jamais assez sur leur gloire. Quant à la nôtre, les histoires d'alors l'ont trop vantée, elle appartient toute à Napoléon ; elle est tout entière dans le mouvement décisif qu'il nous ordonna, et qui acheva de déconcerter l’ennemi, car nous l'exécutâmes sans grands obstacles. Ce fut bien plus cette manoeuvre que nos sabres qui nous livra cette foule de prisonniers, dont nous font honneur des récits qu'on a pourtant raison d'estimer, malgré l'inévitable inexactitude de ces minutieux détails ».

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Note

[1] Anecdote rapportée par Zaluski.


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